Qu’est-ce que la Détox ? Comment fonctionne-t-elle ?

Thés ou boissons détox, compléments détox, cures détox, etc… On ne compte plus les marques ou les pratiques louant les effets « détoxifiants », « purifiants » ou encore « nettoyants » de certains aliments ou cosmétiques sur l’organisme. Dans le même temps, l’existence de pareils produits et régimes suggère que notre corps serait en proie à certains risques liés à des toxines.

Mais finalement, qu’est-ce qu’on entend par la notion de détoxification ? Est-ce que le stress et l’inquiétude qu’elle peut générer est justifiée ? Existe-t-il réellement un moyen d’aider notre organisme à se détoxifier ? C’est ce que nous allons voir dans cet article.

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PUBLIÉ PAR HIFAS DA TERRA LE 23/06/2022

Détox oui, mais de quoi au juste ?

L’existence de la détox implique forcément celle de son adversaire : la toxine. Elle puise son origine dans notre environnement, nos habitudes de vie, et même de notre corps. La « toxine » est finalement l’expression usuelle pour les regrouper toutes, même si elles divergent dans leur dangerosité et effets sur l’organisme.

Ainsi, cet ennemi microscopique pénètre chaque jour dans notre corps par le biais des choses que nous mangeons, buvons, respirons ou bien des substances que nous touchons ou appliquons sur notre corps. Bien que conscient de notre environnement de plus en plus pollué, nous n’imaginons pas à quel point nous y sommes exposés. Elles revêtent plusieurs formes et peuvent être classées en deux grandes familles.

Les toxines « exogènes »

Il s’agit ici des toxines issues du milieu extérieur. Le Dr Joseph Pizzorno, médecin et naturopathe et auteur du livre « The Detox Solution », les classe selon 6 catégories :

  1. Les toxines industrielles, telles que les métaux lourds, la pollution et les radiations libérées par les activités industrielles.
  2. Les toxines agricoles, telles que les pesticides, les hormones et les herbicides.
  3. Les toxines domestiques provenant des matériaux de construction, des tapis, de la peinture et des produits de nettoyage.
  4. Les toxines présentes dans les cosmétiques et parfums.
  5. Les toxines alimentaires, comme les OGM, colorants alimentaires, arômes artificiels et les édulcorants artificiels.
  6. Autres produits de consommation toxiques (traitement ignifuge des vêtements, tabac…).

Les toxines dites  « endogènes »

Une toxine endogène signifie qu’elle est produite naturellement par notre corps. Ce sont des déchets liées à son métabolisme comme c’est le cas de l’urée (liée à la dégradation des protéines), de l’acide lactique (produite pendant l’effort musculaire) ou encore l’ammoniac (élimination de l’azote du corps). Par ailleurs, il arrive que notre corps produise des radicaux libres qui peuvent avoir un effet toxique. Il est donc particulièrement important d’avoir un système détoxifiant efficace.

Quels sont les effets des toxines ?

Les effets sont aussi variés que la chimie se cachant derrière ces molécules. Selon un réseau d’université Américain, lorsqu’une toxine chimique pénètre dans l’organisme, elle modifie la vitesse à laquelle de nombreuses fonctions clées s’y déroulent. Cette altération peut diminuer l’activité des enzymes, pourtant nécessaires à chaque fonction corporelle.

Dans les cas les plus extrêmes, lors d’une exposition aiguë ou répétée à une toxine, il est même possible que le pronostic soit en jeu. Chacun des effets débute par des perturbations dans la biochimie de nos cellules se répercutant sur leur fonction.

Organes touchés Symptômes associés
Nez, poumons, gorge

Irritation, toux, étouffement, oppression thoracique

Estomac, intestins

Nausées, vomissements, diarrhée
Reins

Maux de dos, uriner plus ou moins que d’habitude

Cerveau, moelle épinière

Maux de tête, étourdissements, confusion, dépression, coma, convulsions, perte de mémoire

 Sang

Anémie (fatigue, faiblesse), infections fréquentes

Peau, yeux

Éruptions cutanées, démangeaisons, rougeurs, gonflements.

Ovaires, fœtus, testicules,

Infertilité, fausse couche, perturbation du cycle menstruel

Tableau : types généraux de toxicité et symptômes (d’après The Toxine Solution, 2017)

Comment fonctionne la détox ?

Maintenant que nous savons pour l’existence et les effets des toxines, comment le corps s’applique-t-il à en limiter les effets ? En fait, le corps humain est doté d’une capacité innée de détoxification.  Elle a lieu grâce à ce que l’on appelle les organes émonctoires.

Au nombre de 5 (peau, reins, poumons, intestins et foie), les émonctoires permettent à l’organisme de se débarrasser des molécules dont il n’a pas ou plus besoin, dont les toxines font partie. Outre son rôle crucial dans le métabolisme, le foie constitue notre principal rempart contre l’action des toxines.

Mais quels sont les mécanismes qui sous-tendent à cette activité ? Les réactions adossées à la détoxification se déroulent selon 3 phases distinctes, chacune permettant de favoriser l’excrétion.

Véritable usine de transformation de molécules, les hépatocytes (cellules du foie) prennent inlassablement en charge les toxines de notre organisme afin de les éliminer en suivant les étapes suivantes :

  • La phase 1 est appelée fonctionnalisation et permet de diminuer l’activité des molécules et donc leur toxicité. Les fameuses enzymes cytochromes P450 sont partie prenante de cette étape.
  • La phase 2 de la détoxification est appelée la conjugaison et permet de rendre le composé plus soluble dans l’eau et donc plus prompt à être excrété du corps.
  • La phase 3 est l’élimination rénale et biliaire du composé.

L’efficacité avec laquelle le foie fonctionne dans ce processus dépend de plusieurs facteurs comme le statut nutritionnel, les prédispositions génétiques ou le niveau d’exposition à la toxine. Le microbiote intestinal semble aussi jouer un rôle sur la détox.

Figure : mécanisme de détoxification du foie 

Peut-il ne plus fonctionner ?

Pour jouer pleinement son rôle d’organe détoxifiant, le foie doit lui-même être en bonne santé. Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la cirrhose induite par l’alcool n’est pas l’unique raison pour laquelle l’activité du foie peut défaillir.

En fait, toutes les maladies chroniques du foie, quelles qu’en soient les causes, peuvent aboutir à une cirrhose conduisant à la perte de fonction hépatique. Par exemple, nous pouvons citer la stéatohépatite non alcoolique (NASH) qui est entraîné par un régime trop riche en graisse et sucre couplé à un manque d’exercice.

Est-il possible de lui donner un coup de main ?

De nombreuses personnes pensent à tort que les toxines sont une fatalité et que nous ne pouvons rien y faire. Mais ce n’est pas vrai. Naturellement, même si notre système de détoxification est d’ores et déjà très efficace, plusieurs moyens peuvent être déployés pour soulager notre foie ou l’aider à mieux traiter les toxines endogènes et exogènes. Les techniques de prise en charge holistique ainsi qu’une vigilance sur nos habitudes peuvent déjà aider.

Les règles hygiéno-diététiques

 Pour purifier le corps, rien de tel que la consommation de légumes sous forme de purée ou de jus après des périodes d’excès, souvent synonyme de surconsommation de graisses saturées, sucres raffinés ou d’alcool. Ce cocktail met le foie à rude épreuve et peut provoquer l’apparition de graisses dans les cellules hépatiques ce qui entame son activité détoxifiante. En parallèle, d’autres règles peuvent s’appliquer pour soulager le foie jour après jour :

  • Adopter un régime alimentaire sain : rien ne vaut mieux que la réduction des excès alimentaire, au profit d’aliments peu caloriques et digeste dans un premier temps. Des repas équilibrés privilégiant les fruits et légumes de saison, crus ou cuits à la chaleur douce, des céréales complètes tout en limitant les graisses saturées, les viandes rouges et les aliments ultratransformés sont à favoriser.
  • Boire suffisamment d’eau : l’eau, sous toutes ses formes (tisanes, soupes, infusions etc.) étant un vecteur d’élimination, il est important de veiller à son apport journalier pour permettre une bonne diurèse.
  • Dormir suffisamment et à heure régulière, le ventre pas trop lourd.
  • Limiter la consommation d’alcool.
  • Pratiquer une activité sportive : une étude sur des souris suggère que le sport a un effet protecteur sur le foie vis-à-vis des dégâts induits par l’alcool.

Réduire son exposition aux polluants

 À l’instar des fameux « gestes barrières » pour limiter la propagation des virus et bactéries, des gestes simples existent pour abaisser notre niveau d’exposition aux polluants, que ce soit dans l’assiette ou à la maison.

  • Achetez des produits bio, locaux, et saisonniers (en particulier les fruits et légumes fichés sur la « douzaine sale »).
  • Soyez viligant concernant l’achat de produits contenant des additifs nuisibles. Pour facilement décrypter les étiquettes des aliments et compléments alimentaires, UFC que choisir a dressé une liste classant les additifs selon leurs risques.
  • Lavez-vous les mains avant de manger. 
  • Laissez vos chaussures à l’entrée pour éviter de polluer vos surfaces.
  • Évitez les pesticides, qui sont des produits chimiques toxiques destinés à tuer les insectes ou les mauvaises herbes indésirables. Utilisez des appâts et des pièges plutôt que des aérosols. Évitez d’utiliser des colliers ou des bains chimiques contre les tiques et les puces pour vos animaux de compagnie.
  • Vérifiez les prévisions de qualité de l’air (exemple de Paris: faites de l’exercice le plus loin possible des sources de pollution atmosphérique comme le périphérique et ne faites pas d’exercice les jours de mauvaise qualité de l’air.

L’utilisation de produit naturels

L’utilisation de produits naturels pour la « détox » ne date vraisemblablement pas d’hier puisque Théophraste (372-287 avant notre ère) citait déjà l’intérêt du chardon marie et de l’artichaut pour en améliorer ses fonctions. On sait aujourd’hui qu’ils sont tous deux antioxydants et que l’artichaut a des vertus diurétiques. Outre les bienfaits reconnus de la phytothérapie, la Mycothérapie se dote elle aussi de solides arguments pour accompagner le corps sur les problématiques détox.

Le Polypore en Ombelle (polyporus umbellatus)

Des champignons médicinaux sont traditionnellement utilisés pour aider à la « détox » de l’organisme. Par exemple, le Polyporus umbellatus, connu en Chine sous le nom de « Zhu-ling », était déjà considéré dans le premier manuel chinois de pharmacologie, le Shennong Bencao Jing, comme un excellent diurétique et efficace contre les œdèmes.

D’autre part, ce champignon mobilise la lymphe, favorisant la rétention des liquides et l’élimination des œdèmes.

Le Maitake (Grifola frondosa)

Il a été démontré que l’extrait de Maitake augmente l’élimination des métaux lourds tels que le mercure d’environ 56% in vivo et in vitro. Par rapport aux autres champignons, il présente la plus forte activité de ce type.

Par ailleurs, Il a également été démontré qu’il augmente les niveaux d’enzymes antioxydantes tels que le glutathion (GSH), la catalase (CAT), la superoxyde dismutase (SOD) dans le foie et le cerveau, renforçant ainsi son effet de neutralisation des radicaux.

Pour palier aux manques de littérature sur l’Homme à ce sujet, une étude clinique incluant nos produits sera bientôt disponible. Les résultats préliminaires montrent une réduction significative des niveaux de plomb, de mercure et de cadmium, ce qui soutient l’effet chélateur des champignons médicinaux.

Dois-je réellement faire une cure ?

Les programmes, régimes et cures détox promettant monts et merveilles pullulent sur internet. De durées variables, plus au moins restrictifs, avec ou sans rééquilibrage alimentaire préalable, il y en a autant qu’il existe de site à en parler.

Ainsi, avant de vous lancer dans l’aventure détox, nous vous recommandons l’encadrement d’un professionnel de santé pour vous aiguiller. Il est possible que cela ne soit pas raccord avec vos besoins !

Références
  1. Haleng J., et al. Le stress oxydant. Rev Med Liege 2007; 62 : 10 : 628-638
  2. Université Médicale Virtuelle Francophone. Item 228 : Cirrhose et complication. 2008 [cité 23 juin 2022]. Disponible sur: http://campus.cerimes.fr/hepato-gastro-enterologie/enseignement/item228/site/html/cours.pdf [Référence de page web]
  3. Oregon.gov. Extension Toxicology Network Pesticide Information Profiles. 2002 [cité 23 juin 2022]. Disponible sur : https://www.oregon.gov/ODA/shared/Documents/Publications/PesticidesPARC/ExtoxnetPesticideInfoProfiles.pdf [Référence de page web]
  4. SNFGE. Stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD/NASH). 2020 [cité 23 juin 2022]. Disponible sur :https://www.snfge.org/content/steatose-hepatique-non-alcoolique-nafldnash [Référence de page web]
  5. University of California San Francisco. Environmental Health Expert Offers Advice on How to Reduce Exposure to Toxins. 2011 [cité 23 juin 2022]. https://www.ucsf.edu/news/2011/01/103634/environmental-health-expert-offers-advice-how-reduce-exposure-toxins [Référence de page web]
  6. Szary N. High Intrinsic Aerobic Capacity Protects against Ethanol-Induced Hepatic Injury and Metabolic Dysfunction: Study Using High Capacity Runner Rat Model. Biomolecules 2015, 5(4), 3295-3308.
  7. L’Association pour la santé environnementale du Québec / Environmental Health Association of Québec. Liste de la douzaine sale de 2021 du groupe de travail sur l’environnement. 2021 [cité 23 juin 2022]. https://aseq-ehaq.ca/liste-de-la-douzaine-sale-de-2021-du-groupe-de-travail-sur-lenvironment/ [Référence de page web]