L’histamine : définition, effets et rôle dans l’allergie & l’inflammation ?

Qu’est-ce que l’histamine ?

Nous parlons dans cet article des allergies saisonnières, du pollen dans l’air et des raisons pour lesquelles certaines personnes n’apprécient pas le printemps ou sont hypersensibles aux graminées, aux acariens… Si nous approfondissons cette question, nous arrivons à l’histamine, la substance à l’origine de nombreux processus liés à l’urticaire, à l’écoulement nasal, à l’excès de mucus et à l’inflammation allergique. Voyons ensemble pourquoi.
 
 
L’un des points les plus intéressant est que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’histamine est une substance présente dans les tissus de notre corps. À la fin des années 1920, un groupe de chercheurs a découvert ce composé dans divers tissus de nos organes, étape à partir de laquelle il a tiré son nom histós, qui signifie “tissu” en grec.
 
À un niveau plus fin, l’histamine se trouve naturellement dans les cellules de notre système immunitaire, plus précisément dans les mastocytes et les basophiles (entre autres) et, selon les recherches, elle est un médiateur clé de la réponse allergique.

Publication : 22 février 2022
Rédigé et édité par : Communication Hifas da Terra
Révision : I+D Hifas da Terra

À noter : au niveau biochimique, l’histamine (C5H9N3) est classée comme une amine (elle a la structure de l’ammoniac -NH3) et est formée par l’élimination, sous forme de CO2, des composés carboxyliques de l’histidine de l’acide aminé.

à quoi sert l'histamine

Quelle est la fonction de l’histamine ?

Comme l’explique le site de l’Assurance Maladie sur son site web, lorsqu’une personne réagit à des allergènes communs tels que le pollen, les acariens, etc., elle produit des anticorps IgE (immunoglobuline E) contre la substance. Si l’allergène pénètre dans l’organisme, les anticorps s’y fixent et peuvent déclencher la libération de substances telles que l’histamine, qui peut être responsable de l’apparition de symptômes tels que la toux, l’enrouement, la respiration sifflante, les éternuements, les démangeaisons, le larmoiement, les yeux rouges, l’urticaire, l’inflammation…

Les mastocytes et les basophiles sont des cellules immunitaires largement présentes dans la peau et les muqueuses. Ils sont responsables du stockage des granules contenant de l’histamine qui sont libérés en réponse à divers stimuli. L’immunoglobuline E (IgE) est l’une des molécules qui favorise la libération d’histamine.

Les recherches menées dans les années 1930 ont conduit à la mise au point des premiers antihistaminiques, des médicaments qui bloquent les effets de l’histamine, mais aussi à la découverte de plus de détails sur l’histamine. L’effet sédatif de ces médicaments a permis de découvrir que l’histamine n’intervient pas seulement dans la réponse immunitaire, mais aussi dans le système nerveux central (SNC), où elle est impliquée dans la régulation de diverses fonctions telles que le sommeil, l’activité locomotrice, et même la mémoire et l’apprentissage.

Source : Rôle de l’histamine dans la modulation de la réponse immunitaire et de l’inflammation, 2018 (figure 2). Cette image illustre les fonctions inflammatoires et régulatrices de l’histamine. Les flèches rouges indiquent une action pro-inflammatoire, tandis que les flèches vertes reflètent l’action régulatrice.

Quels sont ses effets ?

 
L’article “Histamine et communication intercellulaire : 99 ans d’histoire” rassemble les preuves les plus pertinentes apportées par la communauté scientifique depuis 1910, date à laquelle les Anglais Dale et Laidlaw ont extrait l’histamine de l’ergot.
 
Comme nous l’avons déjà expliqué, lorsque les cellules libèrent de l’histamine, celle-ci se lie à leurs récepteurs et produit différents types de réponses en fonction du récepteur qu’elle active et du tissu affecté. Nous avons déjà mentionné le nez qui coule, les démangeaisons et l’urticaire, mais ce n’est pas la seule symptomatologie associée. Grâce à quatre types de récepteurs d’histamine dans notre corps, nous pouvons observer d’autres effets résultant de sa libération :

  • H1. Localisation : muscles lisses, cellules endothéliales, médullaire des glandes surrénales, cœur et SNC.

Principaux effets de l’activation des récepteurs : réponses allergiques, contraction des muscles lisses, libération d’hormones et régulation du cycle veille-sommeil.

  • H2. Localisation : cellules pariétales gastriques, muscles lisses, cellules suppressives T, neutrophiles, cœur, utérus et SNC.
Principaux effets de l’activation des récepteurs : stimulation de la sécrétion d’acide gastrique, relaxation des muscles lisses.
 
  • H3. Localisation : SNC et nerfs du cœur et du tractus gastro-intestinal.
Principaux effets de l’activation des récepteurs : inhibition de la synthèse et de la libération de l’histamine et d’autres neurotransmetteurs.
 
  • H4. Localisation : moelle osseuse, leucocytes, neutrophiles, éosinophiles, mastocytes et poumons.
Principaux effets de l’activation des récepteurs : réponses immunitaires, chimiotaxie des éosinophiles et des mastocytes, production de cytokines et de chimiokines.
Des preuves publiées montrent que les personnes présentant une faible activité de cette enzyme ne peuvent pas dégrader l’histamine exogène provenant des aliments que nous consommons. Cet excès pourrait provoquer des migraines et d’autres symptômes dont nous avons déjà parlé plus haut, comme des problèmes intestinaux, une peau atopique, de la fatigue, etc., car il déclencherait les processus expliqués plus haut dans les récepteurs.

Pourquoi parle-t-on d’aliments libérant l’histamine ?

 
Comme l’explique le site de médecins francophones certains aliments contenant des substances telles que des amines vasoactives comme les histamines peuvent déclencher des symptômes qui, sans l’être, pourraient être confondus avec une réaction allergique. C’est ce qu’on appelle les “faux aliments allergènes“, bien qu’il s’agisse d’aliments considérés comme libérant de l’histamine. Ce sont, entre autres, les aliments suivant :
 
  • thon
  • chocolat
  • fraises
  • tomates

 

Pourquoi l’histamine est évoquée dans l’allergie ?

 
L’un des premiers axes de recherche sur l’histamine a été son implication dans les réactions allergiques. Selon les recherches de Lewis (1924), la libération d’histamine entraîne une triple réponse dans laquelle on retrouve les éléments suivants :
 
  • érythème central
  • œdème
  • érythème périphérique
Selon la revue publiée en 2009, cette triple réponse implique principalement les récepteurs H1, mais aussi les récepteurs H2. L’érythème susmentionné peut provoquer une rougeur de la peau, une diminution de la pression sanguine et de la résistance périphérique. En outre, lorsque les récepteurs H1 sont activés, les conditions d’un œdème et d’un prurit sont créées.
 

Ces recherches ont abouti à la mise au point d’antihistaminiques, capables de bloquer les récepteurs H1 et donnant des résultats positifs en cas de rhinite, conjonctivite, prurit, dermatite atopique

Que sont les antihistaminiques ?

 
Ces médicaments fondent leur effet principalement sur le blocage des récepteurs H1 de l’histamine qui, comme nous l’avons vu, ont des conséquences sur la réponse allergique, la contraction des muscles lisses, la libération d’hormones et la régulation du cycle veille-sommeil.

 

Antihistaminiques de première et de deuxième génération

 
Les antihistaminiques de première génération sont des médicaments lipophiles, capables de pénétrer facilement à l’intérieur des cellules. Par conséquent, ils sont rapidement absorbés et métabolisés, ils doivent donc être administrés fréquemment, 4 et 4 fois par jour. Ils provoquent également des effets secondaires importants, tels que la sédation et les convulsions.
 
Les médicaments de deuxième génération, quant à eux, ont été développés au cours des 25 dernières années. Certains d’entre eux sont dérivés de la première génération, mais avec une nette différence : la réduction des effets sédatifs et anticholinergiques.  Malgré cela, ils ne sont pas sans effets secondaires, surtout lorsqu’ils sont administrés avec d’autres médicaments.

Pourquoi parle-t-on du lien entre l’histamine, les allergies et le système digestif ?

Nous savons déjà que l’histamine est un médiateur des allergies, mais elle est également impliquée dans les maladies inflammatoires de l’intestin. C’est ce que souligne un article publié en 2005 dans lequel, en outre, des niveaux élevés d’histamine ont été observés chez des patients atteints de la maladie de Crohn et de colite ulcéreuse. Entre autres arguments, les auteurs font valoir que sur les quatre récepteurs de l’histamine, trois ont été trouvés dans le système digestif, ce qui montrerait que cette amine pourrait avoir une activité dans le tractus intestinal. Des recherches plus spécifiques sur le type de récepteur H1 ont confirmé que l’histamine peut être responsable de la diarrhée dans les maladies inflammatoires de l’intestin et les allergies alimentaires.

L’influence de l’histamine sur le développement des migraines

Au fur et à mesure que la recherche sur l’histamine se poursuit, il apparaît qu’elle est omniprésente dans une multitude de processus biologiques. Si l’on élargit le champ d’investigation aux maux de tête, on constate un lien évident entre l’histamine et la migraine, la première étant considérée comme un médiateur chimique de la seconde. En fait, une déficience en DAO (diamine oxydase), l’enzyme responsable de la dégradation de l’histamine, a été liée à l’apparition de migraines.

Existe-t-il des aliments et/ou des composés ayant des capacités antihistaminiques ?

Bêta-glucanes

Ces composés polysaccharides présents dans des aliments tels que les champignons, certaines céréales et les algues ont été étudiés principalement pour leur action sur le système immunitaire. Une étude publiée dans la revue Food Science & Nutrition a révélé que la supplémentation en bêta-glucanes réduisait les symptômes d’allergie de 28 % et leur gravité de 52 %.
 
les champignons
Les résultats de cette étude indiquent également des améliorations générales signalées par les participants à l’essai. Ils ont signalé une amélioration des troubles du sommeil, des niveaux d’énergie et une réduction de la symptomatologie liée à l’écoulement nasal, aux yeux rouges, à la congestion, etc.
 

Bromélaïne

 
Une étude publiée en 2013 a montré que cette enzyme présente dans l’ananas pouvait réduire la sensibilisation aux processus allergiques impliquant les voies respiratoires grâce à son action anti-allergique et anti-inflammatoire.

 

Quercétine

 
Ce composé se trouve dans de nombreux aliments végétaux, mais il est particulièrement présent dans le brocoli, les pommes, le raisin et le thé. La quercétine est réputée pour sa capacité antioxydante. Selon l’étude “Quercetin and Its Anti-Allergic Immune Response“, publiée en 2006, la quercétine peut réduire la libération d’histamine et contribuer à la réduction des processus inflammatoires.

 

Vitamine C

 
Plusieurs études ont évalué la relation entre la vitamine C et le métabolisme de l’histamine. Un article publié en 2015 indique que l’ascorbate a une capacité unique à dégrader cette substance. Des publications antérieures sur des essais humains montrent que la prise de vitamine C réduit de manière significative les niveaux d’histamine dans le plasma. Dans des modèles animaux, la diminution de la bronchoconstriction provoquée par l’histamine a même été documentée.
En un mot…
L’histamine est plus qu’une substance impliquée dans l’inflammation et l’allergie. Dans cette brève revue, nous avons mis en évidence certains articles scientifiques qui démontreraient son rôle en tant que neurotransmetteur, hormone et régulateur du système immunitaire.
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